Examens et concours pour candidats handicapés

Handicap : aide aux examens ou accessibilité des épreuves ?

21 févr. 2010 Annie Boroy

La législation prévoit l'aménagement des examens pour les jeunes handicapés. Des mesures particulières d'égalisation des chances à bien doser pour en éviter les risques.

Les dispositions du code de l'éducation (articles D 351-27 et D 351-32) pour les examens ou concours dans le cadre de l'enseignement scolaire et le décret du 21 décembre 2005 pour ceux de l'enseignement supérieur, définies dans la circulaire du 26 décembre 2006, ont étendu les possibilités d'aménagement au profit des candidats handicapés. L'objectif est d'assurer "des conditions de travail de nature à rétablir l'égalité entre les candidats". Ces mesures particulières sont sans nul doute légitimes et bénéfiques. Mais leur mise en application pose un certain nombre de questions.

Mesures particulières

Selon la nature de son handicap, le candidat peut bénéficier d'un ou plusieurs aménagements, sur proposition d'un médecin de la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées), parmi la liste suivante :

  • temps majoré d'un tiers (ou plus, si besoin) ;
  • mise en accessibilité des locaux ;
  • installation matérielle spécifique ;
  • utilisation de matériel technique ou informatique ;
  • secrétariat ou assistance (pour les candidats ne pouvant pas écrire, par exemple) ;
  • assistance d'un spécialiste d'un mode de communication (pour les candidats sourds) ;
  • matériel d'écriture Braille (pour les candidats aveugles) ;
  • adaptation de la présentation des sujets ;
  • épreuve adaptée ou dispense d'épreuve (tout ou partie : dispense de langue vivante à l'oral pour des candidats sourds, par exemple) ;
  • étalement des épreuves sur plusieurs sessions dans l'année ;
  • étalement sur plusieurs sessions annuelles consécutives ;
  • conservation des notes pendant cinq ans.

Les autorités administratives académiques compétentes jugent ensuite de la pertinence des aménagements proposés, en fonction du contenu et des objectifs des épreuves.

Une organisation parfois difficile

La mise en œuvre du tiers-temps supplémentaire peut devenir un vrai casse-tête pour les organisateurs. Il convient en effet de veiller à ce que les candidats qui en bénéficient disposent d'un temps de repos suffisant entre les épreuves. On peut ainsi proposer de commencer l'examen à 8 h plutôt qu'à 9 h. Mais ils ne doivent pas non plus pouvoir communiquer avec les candidats valides, les sujets n'étant pas connus de tous en même temps : leurs moments de pause ne devront donc pas être communs. La difficulté est d'autant plus importante que le temps de passation est long : il faut ainsi parfois prévoir une augmentation du nombre de jours d'examen.

Un risque de stigmatisation

"Les candidats sont installés dans une salle particulière chaque fois que leur installation avec les autres candidats n'est pas possible". On retient souvent comme impossible les situations de tiers-temps supplémentaire, d'utilisation de machines (bruyantes) ou d'assistance personnalisée.

Les centres d'examen recréent ainsi des classes spécialisées,où vont se retrouver les handicapés moteurs, visuels, auditifs, exclus pour un temps de la communauté scolaire ordinaire. Certains le vivent mal.

La multiplication d'aménagements divers dans ces salles pour handicapés peut, en outre, être perçue comme une situation d'impossibilité : le bruit des machines peut perturber ceux qui ne les utilisent pas, les secrétaires, interprètes,codeurs peuvent gêner ceux qui n'en ont pas besoin. Des difficultés qui peuvent conduire, en certains cas, à prévoir une salle pour un seul candidat.

Enfin, il semble parfois difficile d'être simplement traité en fonction de ses besoins, et pas uniquement en fonction de ses droits : lors des épreuves du brevet des collèges, Jeanne a demandé l'assistance d'un codeur LPC pour l'épreuve de dictée, en raison de sa surdité, ne souhaitant nullement le tiers-temps supplémentaire ; Marc, jeune sourd également dans sa classe, a quant à lui demandé les deux aménagements... Le médecin compétent délivrera une notification de tiers-temps pour les deux. Justification : c'est injuste si l'un n'a pas le même avantage que l'autre, ils y ont droit tous les deux. La déconvenue de Jeanne fut grande.

Un risque de dérive

La circulaire de 2006 indique elle-même ses limites : elle "ne peut apporter de réponse à tous les problèmes qui peuvent se poser à l'occasion du déroulement des épreuves. Les autorités administratives compétentes (...) devront donc procéder aux adaptations que des cas imprévus rendraient nécessaires". Mais, que ce soit en amont ou au moment de l'examen, la façon d'estimer le droit à l'adaptation est souvent subjective.

Marlène, sourde profonde, a obtenu le droit d'utiliser un dictionnaire lors des épreuves du baccalauréat ; le médecin de la MDPH a en effet estimé que son déficit lexical, en lien avec sa surdité, devait être compensé. Pierre, sourd profond, n'a pas obtenu le même droit : le médecin de sa MDPH a estimé que cet avantage serait excessif et injuste pour les autres candidats.

Quelques mois plus tard, un candidat handicapé auditif demandera à pouvoir utiliser un dictionnaire d'économie lors de l'épreuve d'économie et gestion de l'examen du BTS : le médecin était perplexe, mais accorda cette possibilité. Bien heureusement, les autorités compétentes le refusèrent : les sujets comportent en effet des questions portant sur la définition de termes spécifiques !

Il est arrivé que des enseignants spécialisés pour élèves sourds, lors des épreuves du brevet des collèges, confondent situation d'examen et situation de devoir en classe : expliquant aux élèves les consignes incomprises, signalant au passage les erreurs d'interprétation du sujet. Justification : la surdité entraîne des difficultés linguistiques qu'il faut donc compenser.

Un risque de dévalorisation

À trop vouloir aider, on prend le risque de créer des diplômes pour handicapés. Si les compétences des personnes handicapées veulent être reconnues sur le marché de l'emploi, il faut l'éviter. Comment sera perçu, lors d'un entretien d'embauche, le candidat handicapé que le futur employeur suspectera d'avoir obtenu son diplôme dans des conditions si particulières ?

La mise en accessibilité des examens et concours, la compensation légitime du handicap ne doivent pas être confondues avec l'assistance. Il convient de raison garder et de reconnaître que tous les jeunes en situation de handicap ne sont peut-être pas en mesure de réussir tel ou tel examen, tout comme leurs camarades valides d'ailleurs. À ce niveau, le terme même "d'assistance" retenu par les textes devrait peut-être être banni, en ce qu'il contient en lui-même le danger de sa mauvaise interprétation.

À trop vouloir aider, on met en place des situations d'inégalité, non seulement entre handicapés et valides, mais aussi entre les personnes handicapées elles-mêmes. Ce n'est pas ce qu'elles demandent. Bien évidemment, cette idée ne saurait justifier l'effet inverse : il est question de rendre l'examen accessible et toutes les mesures justifiées doivent être prévues.

Les droits de l'article Examens et concours pour candidats handicapés publié dans Handicap appartiennent à Annie Boroy. La permission de reproduire Examens et concours pour candidats handicapés dans la presse traditionnelle ou sur internet doit être accordée par écrit par l'auteur lui-même.
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Commentaires

26 févr. 2010 14:42
Guest
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bonjour,
Merci tout d'abord pour les anecdotes d'examen qui montrent qu'on n'est jamais seul au monde.
La conclusion me paraît assez ambivalente cependant: ne pas dépasser les limites et tomber dans l'assistance, bien d'accord avec vous, mais attention a ne pas dépasser la limite dans l'autre sens: "la personne étiquetée handicapée est logée à la même enseigne que les autres pour passer le même diplôme", le nombre d'histoires sur ce thème est en effet bien plus grand que l'inverse. C'est bien beau comme phrase mais où est le respect de la différence?
chacha
1 Commentaire: